
Denis Chevrier, Responsable d'exploitation moteur du Renault F1 Team, nous parle du Grand Prix d'Imola et de la préparation moteur de Renault pour son retour en Europe.
Denis, quelles ont été les leçons de ces trois premières courses disputées avec des moteurs V8 ?
Je pense que, jusqu'à la fin de l'année dernière, tout le monde s'était habitué à disposer de moteurs fiables. Avec le passage au V8, nous avons assisté à beaucoup de changements non prévus et à des casses pendant les courses, y compris pour Giancarlo à Bahreïn. Très peu d'équipes ont évité cette situation, et cela démontre les efforts qu'il a fallu déployer pour développer les V8. Il est clair que l'importance stratégique du moteur a été plus grande pendant ces premières courses qu'auparavant.
Pourquoi les V8 ont-ils rencontré autant de problèmes ?
Les V8 sont encore des moteurs jeunes et je pense qu'aucune équipe n'était prête à 100% au début de la saison. Chez Renault, nous avons bouclé un grand nombre de kilomètres pendant l'hiver, rencontré dès problèmes qu'il a été difficile de résoudre, mais avons commencé la saison en meilleure forme que nos rivaux. Tous les motoristes travaillent encore sur les défis que pose le début de vie d'un concept moteur et personne ne peut dire que tous les problèmes sont résolus.
En ce qui concerne la performance, où se situe le moteur Renault par rapport à la concurrence ?
Les premières analyses tendent à montrer que la performance des moteurs est très proche d'une équipe à l'autre. Il y a quelques petites différences de régime maximal, par exemple, mais il n'y a aucun mauvais V8 sur la grille. Maintenant, le challenge est d'ajouter de la performance à ce qui reste un moteur jeune, sans compromettre la fiabilité. C'est n'est pas une tâche facile.
Quelles ont été les difficultés rencontrées lors du développement des moteurs V8 ?
Il est plus difficile de trouver de la performance qu'avec un V10, tout simplement. Surtout aussi tôt dans la vie du moteur. Cependant, la compétition est plus dure que l'an dernier, ce qui rend le développement très important. Plusieurs équipes sont sur un pied d'égalité à ce niveau et la première à prendre l'ascendant pourrait disposer d'un avantage décisif. Personne, donc, ne peut se permettre de relâcher son effort. Nous continuons, comme les années précédentes, à travailler dur.
Où réside le secret des Renault sur les premières courses de la saison 2006 ?
Je pense que nous étions un peu mieux préparés que certains de nos rivaux. Nous sommes fiers d'avoir remporté la dernière course d'un V10 et les premières de l'époque V8. Il a été intéressant d'étudier notre performance, parce que nous avons compris que la vélocité sur un tour n'est pas forcément notre point fort. En qualifications, la hiérarchie est très serrée. Mais nous semblons disposer d'un certain avantage sur la distance d'une course.
D'où vient cet avantage ?
Nous avons dessiné la voiture et son moteur pour gagner des courses, pas seulement pour jouer la pole position. En ce qui concerne le moteur, cela signifie que nous sommes peut-être capables d'utiliser tous les tours moteurs pendant de plus longues périodes mais, surtout, nous avons une voiture qui donne confiance aux pilotes et qui leur permet d'attaquer du premier au dernier tour de course. Nous savons qu'il est difficile d'avoir l'avantage sur un tour chronométré avec ce règlement. En revanche, notre capacité à exploiter la voiture de manière compétitive pendant toute la course peut être décisive.
Le RS26B fait son entrée à Imola. Quelles sont les nouveautés ?
C'est un développement normal de notre cycle : nous avons cherché à augmenter la puissance en augmentant le régime, et à améliorer des domaines comme le remplissage et la combustion. En qualifications, nous pouvons nous attendre à quelques dixièmes de secondes de gain. Les derniers essais au banc, avant le Grand Prix, nous permettront de déterminer quelle quantité de performance sera disponible pour la course.
Les deux pilotes utiliseront-ils ce moteur à Imola ?
Non, seulement Giancarlo. Son abandon à Bahreïn a décalé son cycle d'utilisation moteur et il nous a fallu décider s'il nous voulions accélérer le développement de notre " spec B ", qui avait été prévue à l'origine pour la course n°5. Nous avons pensé qu'il était important de franchir le pas et nous avons mis les bouchées doubles pour y parvenir. Cependant, ce début anticipé nous forcera peut-être à limiter le potentiel de performance en course de manière à privilégier la fiabilité. Fernando recevra cette évolution pour le Nürburgring, comme prévu avant le début de la saison.
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