
Denis Chevrier, responsable d'exploitation des moteurs chez Renault F1, nous parle des contraintes moteur à Silverstone.
Denis, Renault a une relation particulière avec Silverstone puisque l'équipe y a effectué ses débuts en F1, en 1977. S'agit-il d'une course spéciale pour vous ?
DC : Absolument. C'est l'une des quatre grandes courses de l'année. Historiquement, il s'agissait d'une course-clé qui se déroulait en juillet, au coeur d'un moment décisif pour la suite de la saison. De manière inhabituelle cette année, nous nous y rendons un peu plus tôt, mais le championnat est positionné de manière délicate en ce moment.
Dans les années 90, vous avez travaillé notamment avec Nigel Mansell, qui pilotait une monoplace motorisée par Renault. Vous devez avoir quelques souvenirs à part
DC : Oui, je garde des souvenirs merveilleux de ce circuit. En 1991, par exemple, lorsque Mansell s'est arrêté sur la piste afin de prendre Senna en stop après avoir gagné la course. En 1992, Nigel était déjà confortablement installé en haut du classement des qualifications mais il a tout de même demandé un train de pneus neufs afin de battre un temps que lui seul pouvait améliorer. Il l'a fait juste pour le panache, pour le plaisir de piloter une monoplace de F1 à la limite. Je me souviens aussi du début de course, lorsqu'il a construit une avance de trois secondes sur son coéquipier entre Becketts et Woodcote juste dans le premier tour. Il y avait un rapport incroyable entre Nigel et ses supporters, et il voulait vraiment monter de quoi il était capable lorsqu'il roulait devant eux. C'étaient des années fantastiques à Silverstone.
Il s'agit aussi d'un circuit qui a beaucoup évolué au fil du temps
DC : C'est un endroit qui a évolué, qui s'est modernisé. Au milieu des années 80, avec les moteurs Turbo, c'était un morceau de bravoure. Une partie de cet esprit s'en est allée, mais certains monuments demeurent avec des virages tels que Becketts, qui font la différence entre les bon pilotes et les pilotes exceptionnels. Aujourd'hui, quelques pilotes prendront des virages comme Copse à fond avec les moteurs V8. Ce sera impressionnant et, dans l'esprit, je pense que Silverstone redevient un peu le circuit qu'il était voilà 20 ans.
Silverstone est-il exigeant pour les V8 ?
DC : Nous passons maintenant plus de 70% du tour à fond et c'est un grand changement par rapport à l'année dernière, l'un des plus sensibles depuis le passage des V10 aux V8. Cela signifie que beaucoup de virages sont pris à fond ou presque, ce qui rend difficile la vie des moteurs. C'est un endroit exigeant pour les châssis également. Nous utilisons un niveau d'appui aérodynamique plutôt élevé et, avec les vitesses atteintes, la voiture supporte des charges énormes pendant une grande partie du tour. Bien sûr, c'est également un défi pour les pilotes. Ils ont besoin de conserver leur rythme pendant une course longue et éprouvante.
Que pensez-vous de l'état du championnat après 7 courses ?
DC : Renault occupe clairement une position enviée. Nous disposons d'une marge d'avance au championnat des constructeurs et, chaque course que nous parvenons à la conserver, cela nous donne l'avantage. En ce moment, chaque course met la pression sur ceux qui essaient de nous rattraper.
Votre but est-il donc seulement de conserver cet écart ?
DC : Pas du tout : il serait suicidaire d'adopter une philosophie défensive à ce stade de la saison. Nous ne sommes sûrs de rien en ce qui concerne le championnat, et nous continuons à attaquer, à prendre des risques. Nous abordons Silverstone comme toutes les autres courses : nous voulons repousser les limites de notre performance sans pour autant mettre en péril notre fiabilité. Nous devons saisir toutes les opportunités qui se présentent.
Quelle a été la plus grande force de l'équipe cette année, à votre avis ?
DC : Selon moi, le facteur décisif repose sur les capacités d'adaptation du package R26. Nous avons disposé d'une des deux voitures les plus rapides sur tous les circuits de la saison, et cette constance nous permet d'obtenir les résultats. De plus, nous avons eu la performance pendant les moments stratégiques. Silverstone est une des ces courses qui demande de la performance maximale à certains moments clé. Je suis sûr que la course sera disputée et les écarts faibles. C'est le type de courses que nous adorons.
Enfin, quel est l'état de fraîcheur des deux moteurs pour Silverstone ?
DC : Giancarlo utilisera un moteur neuf, il n'y a donc aucune crainte particulière à avoir. Le moteur de Fernando a bouclé Monaco sans problème et, bien que cette piste pose des défis inhabituels, elle n'est pas très exigeante envers les moteurs en termes de la performance pure. Le V8 de Fernando est donc en bonne forme pour le week-end à venir. Les trois courses à venir seront exigeantes pour les moteurs, et toutes les équipes auront besoin de spécifications fiables capables de répondre à ce problème. Nous pensons avoir trouvé la réponse avec le RS26 et sommes confiants.
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